Présentation du poste de conduite et petit essai !

Dans tous les cas, que l'on passe par le hayon arrière ou par les portes latérales, on monte à bord et l'habitacle impose immédiatement son étroitesse et son aspect cossu, les portières, avec leur structure imposante en bois, accentuent cette impression de confort.
Le siège conducteur à châssis en bois coulisse pour permettre un meilleur positionnement par rapport aux pédales.
La planche de bord est dépourvue de la moindre décoration superflue, de la tôle brute et peinte couleur crème avec, à gauche, une centrale clignotante manifestement rajoutée dans les années 50-60 pour des raisons pratiques évidentes.
Autre vestige de l'époque où cette fourgonnette faisait sa tournée de boucher, un bouton qui actionne le klaxon supplémentaire destiné à prévenir son arrivée, toujours à gauche, une petite boîte à gants qui trouve d'ailleurs son pendant à droite de la planche.
Cette Monaquatre est une version " luxe ", il n'y a qu'à voir le jonc chromé d'encadrement du tableau de bord, la montre et le compteur bi-totalisateur pour s'en convaincre. Au centre, une grosse console en zamac regroupe cinq cadrans rectangulaires Jaeger. La jauge à essence (j'estime la consommation à environ 16 litres aux cent kilomètres, soit près du double de ce que revendique la version berline sur les publicités d'époque !), l'horloge, le compteur kilométrique avec compteur journalier dont la remise à zéro se fait par un petit câble en dessous du tableau de bord, le témoin de pression d'huile et l'ampèremètre. De part et d'autre de cette console, quatre tirettes pour commander le contact, le starter, l'avance d'allumage et les phares-veilleuses. Le volant à trois branches (à gauche, une grande première en 1933 chez Renault qui adopte cette disposition sur l'ensemble de sa gamme) accueille en son centre le klaxon. A droite de la colonne de direction dont le diamètre est assez imposant, deux manettes commandent l'ouverture des clapets d'aération du capot.
Et, si cela ne suffit pas à assurer une bonne ventilation à l'intérieur de l'habitacle, la manette d'ouverture du pare-brise vient à votre secours.
Tout en haut, le minuscule rétroviseur laisse entrevoir ce qui se passe derrière, via ce qui ressemble plus à une meurtrière qu'à une lunette arrière, enfin, deux pare-soleil et un filet, fixé au ciel de toit, apportent une petite touche de confort à cet intérieur un peu austère ce qui est normal pour un utilitaire, notons la présence d'un plafonnier.
Sous le siège du conducteur, la batterie. A l'origine en 6 volts, elle a ici été remplacée par une 12 volts, tout le circuit électrique ayant été fort astucieusement refait pour accepter ce voltage supérieur qui facilite grandement les démarrages et la charge.
Par contre, le positionnement du coupe-batterie est loin d'être idéal, coincé au ras du tapis de sol, nous noterons la présence d'un compteur ... à rouleau.
Robinet d'essence ouvert, contact, starter et je tire le démarreur, le moteur tousse un peu et ronronne rapidement faisant admirer sa présence, le son envahissant immédiatement l'habitacle sans être cependant assourdissant. Je ne mets jamais d'avance à l'allumage, elle démarre facilement, même aujourd'hui, après quatre mois d'immobilité.
Première en bas à gauche, après manœuvre précise du grand levier de vitesses au débattement généreux, jusqu'à 15 km/h moment venu de passer la seconde, en haut à droite, le " murmure " du quatre cylindres se fait de plus en plus présent, la troisième suit logiquement dès les 30-35/km/h….. à condition que le terrain soit plat et que la fourgonnette ne soit pas trop chargée.
L'occasion d'apprécier la visibilité vers l'avant nous est maintenant donnée, très bonne, même s'il faut apprécier ce qui se passe au-delà des ailes. Ma Monaquatre file maintenant à 45-50/km/h. sans rechigner, surtout, ne pas pousser le moteur pour éviter la chauffe tant redoutée, de toutes façons, la souplesse du quatre cylindres permet d'enrouler la première courbe en troisième, mais la côte qui se profile impose vite un rétrogradage avec décomposition du mouvement, le synchro effectue son boulot avec bonne volonté, pas de craquement, ni de bruit, un vrai bonheur.
Par contre, la suspension trahit le grand âge de l'auto, à l'avant, deux ressorts droits, à l'arrière, un ressort à lames transversales fixé aux supports de freins par des jumelles dont l'oscillation compense la longueur du ressort sous l'effet de la charge, le tout complété par quatre amortisseurs hydrauliques (ceux-ci ne sont apparus que pour le millésime suivant mais Renault proposait, à l'époque, la modification dans ses ateliers moyennant un très léger supplément).
Évidemment ça tape dur mais, heureusement, les coussins sont là pour assurer l'essentiel du confort.
A mesure que la route déroule son rouleau de bitume, le niveau sonore augmente et je dois régulièrement surveiller les appareils de bord, notamment la pression d'huile car le graissage du moteur se fait sous pression par pompe, un plus à cette époque.
La fourgonnette poursuit imperturbablement sa montée, certes lentement, mais sans faiblir. Donnée pour une vitesse maxi de 80 km/h, dès que j'aborde une descente, elle peut alors laisser libre cours à sa tranquille bonhomie et retrouver un régime qui lui convient nettement mieux.
Taillée à l'évidence pour les petits parcours, cette Monaquatre très typée est sans doute fragilisée par son moteur ayant une forte tendance à la surchauffe, mais n'étant pas d'un tempérament pessimiste je n'hésite pas à la faire rouler, hiver comme été, qui, je pense, est une bonne manière de prolonger la carrière de cet utilitaire qui, jusque dans les années 80, sillonnait les routes du Cantal, peu réputées pour être planes. C'est, sans aucun doute, le plus bel hommage qu'on puisse lui rendre et que j'effectue avec le plus grand plaisir.
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Le 24 janvier 2004.
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